mardi 5 avril 2016


Du roman au gothique

      Voilà deux mots qui renvoient à des architectures aux caractéristiques facilement identifiables et très répandues en Europe, dans les bâtiments civils et religieux. Ainsi, on parle d’églises romanes, puis d’églises gothiques dont les grandes cathédrales sont le fleuron. Toutefois, on dit que l’abbatiale de Pontigny est un édifice de transition ; c’est qu’il n’y a pas eu rupture entre les deux architectures mais évolution. On la doit à des préoccupations économiques souvent, et à un perfectionnement des techniques surtout.
       Les bâtiments romans sont imposants avec peu d’ouvertures. L’impression de lourdeur, due aux murs épais, aux piliers massifs, aux voûtes en berceau avec arcs en plein cintre, au chevet plat ou en cul-de-four, aux fenêtres étroites, est évidente dans les églises de Tournus (Saône-et-Loire), de Cadouin (Dordogne), du Thoronet (Var).
      Il faut beaucoup de pierres pour élever de pareils bâtiments. Le coût des matériaux et des transports poussera à rechercher des méthodes nécessitant moins de pierres.

      L’emploi de l’arc brisé, repris aux  églises wisigothiques, nombreuses en Espagne du Nord aux VII°-VIII° siècles, et la voûte d’arêtes représenteront déjà deux changements précurseurs.
      C’est à Durham en Grande-Bretagne que, pour la première fois au tout début du XII° siècle, on renforcera les arêtes en faisant saillir les arcs diagonaux. Cela facilite l’établissement de la voûte et dirige sur des points définis les poussées exercées.
La basilique de Saint-Denis (Ile de France), puis la cathédrale de Sens (Yonne) reprendront cette technique appelée croisée d’ogives. L’ogive est un double cintre bloqué par la clé de voûte. Les poussées sont recueillies sur des points précis au sommet de supports verticaux : les colonnes. Les murs ne sont plus nécessaires, on peut multiplier les ouvertures avec vitraux qui apportent la lumière. Les voûtains, entre les ogives, sont de peu de poids et indépendants de la structure.
Preuve à l’abbaye d’Ourscamp (Oise) où l’église,  en ruine, a son déambulatoire qui offre toujours au ciel la nudité de ses arcs ogivaux.

A Sens, l'architecte choisi par Henri Sanglier, archevêque, vers 1120, va appliquer cette technique et va surtout complètement innové en renforçant la solidité par les arcs -boutants : ainsi naît le gothique au nord de Pontigny, dans le plus grand archevêché de France.

      L’abbatiale de Pontigny a perdu son chœur à chevet plat typiquement roman, tel qu’il existe encore à l’abbaye de Fontenay (Yonne) ; elle offre des transepts encore romans, à piliers très larges qui supportent la voûte d’arêtes. Par contre, la nef, plus haute que les transepts, à larges ouvertures, est d’un gothique des débuts avec toujours de larges piliers mais des ogives pour les voûtes.

      Construit en à peine vingt ans, l’édifice garde donc le témoignage de ces deux styles d’architecture. L’impression de légèreté et d’élégance du gothique est manifeste dans le chœur totalement refait à la fin du XII° siècle.

vendredi 1 avril 2016

Mémoires de Pontigny : Paul Desjardins






Les habitants de Pontigny ont toujours vécu un peu différemment des autres villageois car leur vie, de tout temps, a été étroitement liée à celle de l'Abbaye.
La création du village date d'après la révolution, mais on retrouve déjà, dans des documents de 1775, la mention de certains noms qui y fondèrent ensuite famille, comme "Louis Crochot" ou  " la veuve Viaux". Leurs descendants reposent dans le cimetière proche de l'abbatiale.

 Il est toujours étonnant, de nos jours, d'entendre les habitants  évoquer leur père ou leur grand-père  qui "avait bien connu" l'Abbé Tauleigne  ou Paul Desjardins".
Aujourd'hui,  Alain Garnier, conseiller municipal, nous parle du maçon Léon Aléonard :

"Sur cette photo de famille figure, à droite, le maçon Léon Aléonard. Il travailla régulièrement pour Paul Desjardins et réalisa entre autres choses la belle cheminée de la pièce dite "chambre de Gide" dans le Dortoir des Convers.

 Il est cité dans les Cahiers de Paul Desjardins".

·        Extrait de la brochure "mémoires de Pontigny" disponible à la boutique de notre association "Pontigny en lumière" qui vient d'ouvrir en ce  début avril 2016 dans le Domaine de l'Abbaye.

dimanche 28 février 2016

Mémoires de Pontigny




 Abbaye de Pontigny
salle des convers, grilles intérieures 
cliché collection privée


A l'occasion des festivités des 900 ans de l'Abbaye, nous avons demandé aux habitants comment ils avaient vécu les grandes dates du 20e siècle. Ces "Mémoires de Pontigny" (1) ont mis en relief le lien étroit qui unit
la population de ce petit village à son abbaye cistercienne :
les familles de souche pontignatienne ont été en effet très nombreuses à nous transmettre des souvenirs évoquant Paul Desjardins, l'Abbé Tauleigne,

le Collège franco-américain des Pères de Saint-Edme, la Mission de France ....

Claude Graillot, par exemple, a été l'un des premiers à nous faire parvenir un texte concernant son grand-père, Edmond Graillot. Celui-ci a fait partie des artisans qui ont travaillé pour Paul Desjardins. Il a réalisé les grilles intérieures de la salle des convers. Voici son témoignage.


« Installé à Pontigny comme Maréchal-ferrant, et suite à la demande de Paul Desjardins, parrainé par les Beaux- Arts de Nancy, mon grand-père Edmond Graillot (2), né en 1882, accepta de réaliser à la forge les grilles de la Bibliothèque de Desjardins - actuellement salle du dortoir des Convers. Cela représenta 900 heures de travail, uniquement en forge et ferronnerie.
En 1952/53, suite à l’explosion du train de munitions en gare de Pontigny pendant la seconde guerre, il réalisera aussi la réparation de la ferronnerie des vitraux de l’abbatiale, soufflés par cette explosion. Cela représentera deux années de travail.
Pour ces deux événements, en plus des services rendus aux habitants de la commune, il reçut le 1er octobre 1960 la croix de Chevalier du Mérite Confédéral en récompense des éminents services rendus à la Confédération Nationale des artisans ruraux. Conseiller municipal de 1945 à 1959, il décédera en 1977, entouré par ses trois fils Pierre, Jean et Jacques.
 Il repose au cimetière de Pontigny, après une vie bien remplie de travail et de dévouement au sein de cette commune qu’il apprécia particulièrement. »


(1) un recueil a déjà été publié, envoyez-nous un mail à pontignyenlumiere@gmail.com  si vous souhaitez l’acquérir ou venez à la boutique de notre 
association, sur le domaine abbatial qui ouvrira en avril.


(2) Edmond Graillot est cité dans le livre In memoriam Paul Desjardins :
« Pour entrer dans l’église, le grand cercueil est porté par des artisans du pays, ceux qu’il aimait, ceux qu’il avait fait travailler pour l’Abbaye -le forgeron surtout - Graillot, l’auteur des belles portes de la bibliothèque. »
                                                                                                                
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dimanche 21 février 2016

Façade est de Pontigny - cliché Richard Galleron

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Joachim du Bellay (1522 - 1560)




Il va venir, il est venu ! Effervescence à Pontigny  au milieu du 16e siècle

Je suis le prieur de l'abbaye de Pontigny, l'adjoint de l'abbé si vous voulez et ma tâche est bien compliquée depuis qu'une décision du roi François 1er a bouleversé la vie de toutes les communautés monastiques.
Nous n'élisons plus notre abbé, le roi le choisit pour récompenser des services rendus.*

J'attends donc, en cette année 1545, la venue de Monseigneur Jean du Bellay, notre abbé commendataire, comme on doit le dire, un cardinal s'il vous plaît.

Voilà, il est venu, il a apposé sa signature et son sceau sur l'acte officiel, il a tout juste visité le domaine, à peine posé des questions sur les revenus et il est parti pour Rome. Nous ne le reverrons plus.

Le petit jeune homme (Joachim du Bellay) qui l'accompagnait et lui servait de secrétaire, avait l'air bien triste de quitter la douce France.



*François 1er décide que des laïcs, grands seigneurs ou bourgeois, serviteurs de la monarchie, vont percevoir les revenus des abbayes sans aucune contrepartie. Jusqu'alors, les abbés étaient élus par les moines au sein de l'abbaye.Cette décision royale est souvent considérée comme le début de la ruine des ordres monastiques.











lundi 8 février 2016




Vue sur le bâtiment des convers et l'aile conservée de l'ancien cloître 
Abbatiale cistercienne de Pontigny

"L'homme veut tout voir. La curiosité dynamise l'esprit humain". 
Gaston Bachelard, écrivain participant aux décades de Pontigny (milieu XXe siècle)


Au coeur de l'hiver, la visite de l'église de Pontigny oblige à un autre regard ; la lumière est douce et différente. Les rayons du soleil révèlent toutes les techniques de l'architecture employée et ici à Pontigny, les bâtisseurs ont à chaque siècle trouvé comment s’adapter au terrain marécageux, puis aux volontés des moines pour l'organisation de leur journée et des prières.

Les codes appris par ceux qui sont habitués à découvrir les édifices religieux font que chacun voit le roman et le gothique, reconnait la sobriété cistercienne. Et pourtant , si ce jour-là, le ciel est bas et gris, apparaît dans la pénombre, en fin de journée, des détails qui faussent ces fameux codes. Pour celui qui vient ici souvent, c'est là tout le charme de ce lieu.

Pour ceux qui viennent pour la 1ère fois, l'éblouissement et le choc émotionnel s'emparent d'eux sous la tribune d'orgue. Puis subtilement, en avançant, alors qu'ils pensaient voir une unité, ils remarquent les motifs différents des chapiteaux au feuillage stylisé et les voûtes qui évoluent avec leur avancée. 

 A l'extérieur, l'ensemble des bâtiments et le parc du domaine jouent aussi un rôle dans ce puzzle d'histoire.

C'est tout cela qui met notre metteur en scène Fabrice Maigrot en ébullition en ce moment ; il écrit notre futur spectacle du mois d'août, "Le temps des bâtisseurs". Chaque bénévole, à chaque visite à Pontigny, se demande ce qu'il va retranscrire de tout ce que Pontigny offre à la réflexion, à l'architecture, à la force de l'âme humaine et aussi à ce que peuvent faire les hommes de bonne volonté ensemble.

samedi 30 janvier 2016

D'une abbaye à l'autre



Ce week-end du 30 et 31 janvier a lieu à Irancy, charmant village viticole de l'auxerrois, à 30 km de Pontigny, un fête traditionnelle en pays bourguignon : la grande Saint-Vincent tournante de Bourgogne.

Irancy a été longtemps terre des moines de l'abbaye Saint-Germain d'Auxerre, abbaye bénédictine qui a eu au cours de son histoire de nombreux liens avec l'abbaye cistercienne de Pontigny : parfois des conflits de propriétés, parfois des échanges de biens, souvent des échanges intellectuels.

Pontigny se situe aux portes du vignoble de Chablis, une des plus grandes appellations "village" de Bourgogne en blanc. Les moines cisterciens ont très tôt décelé toute la subtile alchimie entre le terroir et le cépage chardonnay et combien le vin produit était minéral à souhait, délicat en saveur et élégant en robe.
Les moines bénédictins de Saint-Germain d'Auxerre ont fait le même constat sur le terroir d'Irancy avec les cépages pinot noir et césar. Irancy est aujourd’hui une belle appellation "village" de Bourgogne en rouge.

Cette Saint-Vincent est une belle opportunité pour le vignoble de l'Yonne d'accueillir les amateurs de notre culture viticole et de leur montrer la chaleur humaine et l'énergie de notre territoire.

Qu'ils reviennent tous en été pour profiter d'une douceur plus clémente et de nos animations. Nous continuons à travailler pour notre spectacle "Le temps des bâtisseurs", les vignerons du chablisien et de l'auxerrois taillent la vigne, préparent les mises en bouteille, chacun s'affaire.

En attendant, profitons de la fête à Irancy, des décors des rues et la convivialité icaunaise !

dimanche 17 janvier 2016

Son et lumière de Pontigny, petit retour en arrière …





Dès 2011,  nous avons commencé à imaginer les manifestations que nous pourrions organiser pour célébrer les 900 ans de la fondation de l’abbaye de Pontigny en 2014. Très vite, nous décidions  la création d’un son et lumière qui devait retracer les grandes pages de l’histoire de ce site depuis sa fondation jusqu’à nos jours.

Un groupe de travail fut constitué sous la houlette de Luc Feillée ; le premier travail a été la rédaction d’un  cahier des charges, adressé à différents auteurs,   metteurs en scène et organismes de créations de spectacle.

Trois réponses nous étaient alors parvenues ; nous avions choisi Le Spiralum compagnie et Fabrice Maigrot comme auteur et metteur en scène ; la partie lumière a été confiée à Vincent Bourcey et Pierre Gonin.


Il nous a fallu aussi  assurer le financement du projet, rechercher des bénévoles, des figurants, et surtout imaginer la communication, et elle fut mise en place par Béatrice Kerfa.

Ce fut un pari audacieux et exigeant que nous avons réussi. Au total, 3200 spectateurs auront assisté à cet événement malgré une  météo capricieuse qui nous a gâché en partie l’une des trois soirées.


Si bien réussi que les bénévoles réunis pour faire le bilan ont décidé de recréer  un nouveau  spectacle historique tous les deux ans.

Vous pouvez d’ores et déjà en retenir les dates du prochain : les 11, 12, 13 et 14 août 2016.

Progressivement nous vous donnerons des informations sur ce nouveau spectacle.


A très vite.



 
Claude Henriat, 
président de Pontigny en lumière